Urnolli Arboretum iLibrary

THE GIFT OF

FRANCIS SKINNER

OF DEDHAM IN MEMORY OF'

FRANCIS SKINNER

(H. C. 1863)

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ANNALES

DE LA

SOCIÉTÉ tlAlKÉENNE

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(nouvelle série)

TOMETRENTE-SIXIÈME

LYON

H. GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR

6S, RUE DE LA REPUBLIQUE MÊME MAISON A GENÈVE ET A BALE

PARIS

J. -B. BAILLIÈRE ET FILS, ÉDITEURS

I9,rur hautbfkoills 1890

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ANNALES

DE LA

SOCIÉTÉ LINNÉENNE

AYIS AljX SOCIETES CORRESPONDANTES

La Société d’Études scientiliques étant fusionnée avec la Société linnéenne de Lyon, on est prié, afin d’évjter les doubles emplois, d’envoyer à l’avenir toutes les commu¬ nications, livres, annales, bulletins, mémoires, lettre^, destinés à la Société d’Études scientifiques à l’adresse du Président de la Société linnéenne, •place Sathonay, à Lyon.

AVIS AUX SOCIÉTAIRES

Les membres de la Société linnéenne sont priés de faire parvenir au Trésorier de la Société, rue Pléney, 5, le montant de leur cotisation.

Passé le 30 juin, ce montant sera recouvré par la voie de la poste et les frais seront ajoutés au mandat.

Les .Sociétaires non résidant à Lyon qui désirent qu’on leur envoie le volume des Annales voudront bien en donner avis au Secrétaire et joindre à leur cotisation le prix de l’envoi par colis postal, soit GO centimes en gare, ou 8S centimes à domicile.

DE LA

SOCIÉTÉ LI^MÉËWHË

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(noüveli.e série)

T O M P: T R E N T E - s 1 X I È M E

LYON

H. GEORG, LIBRAIRE-EDITEUR

65, RUE DE LA RÉPUBLIQUE MÊME MAISON A GENÈVE ET A BALE

PARIS

J. -B. BAILLIÈRE ET FILS, ÉDITEURS

19, ROR HAUTEFEOILLB

1890

TA FUÆAU

DES

MEMBUF.S DE LV SOEIlfTIÎ LINNÉENNE

DR L V O N

BUREAU POUR L’ANNÉE 1881)

MM. Sadbinet, président.

Faure, vice -président.

Redon, secrétaire général.

Mermier, secrétaire.

Roux (Nizius), trésorier.

LISTE DES MEMBRES EN 1890

MM.

1889. Bataillon, préparateur du cours de zoologie à la Faculté des sciences.

1866. Beckensteiner (Charles), rue de l’Hôtel-de -Ville, 9.

1881. Belon (R. P.), rue du Plat, 18.

1860. Berne (Philippe), Saint- Maurice- sur- Dargoire , près Mornant (Rhône).

1869. Bertholey (Martial), notaire à Mornant (Rhône).

1889. Blanc (Louis), répétiteur d’anatomie et de zoologie à l’Ecole vétérinaire.

VI

TABLEAU DES MEMBRES

MM.

1887. Boiron (Ferdinand), à la gare d’Arabérieu (.\in).

1860. Biétrix. (Camille), rue Lanterne, 21.

1885. Binead, docteur en médecine à Galuire, près de Lyon. 1875. Blanc (Léon, le D’’), rue de la Charité, 33.

1861. Bresson (Louis), architecte, place de la Bourse, 2.

1888. Bruet, conducteur des travaux de la C‘® P.-L.-M., à

Paray-le-Monial (Saône-et-Loire).

1863. Brunet-Lecomte, négociant, rue des Colonies, 2.

1884. Broyas (.4ug.), quai des Célestins, 5.

1881. C\RRET (l’abbé), aumônier des Dames du Sacré-Cœur aux C'.iartreux.

1881 . Carrier (Édouard), docteur en médecine, rue de l’Hôtel-de-

Ville, 101.

1866. Chabrières, trésorerie générale du Rhône.

1880. Chanay (Pierre), rue du Griffon, 3.

1882. Chanrion (l'abbé), 36, rue du Vernay à Saint-Étienne.

1885. Chantre, rue de Trion, 36.

1871. Chassagnieux (Félix), chimiste, à l’Arbresle (Rhône).

1872. Coquet (Adolphe), architecte, avenue de Saxe, 289.

1879. Courbet (Jules), rue Victor-Hugo, 28.

1871. CouTAGNE (Georges), ingénieur des poudres et salpêtres, 2, quai des Brotteaux.

1889. Couvreur, chef des travaux de physiologie à la Faculté des

sciences.

1887. Chobaut (Alfred, le D'), rue Dorée, 4, à Avignon.

1890. Cuvier, conducteur des travaux de la C*' P.-L.-M., à Ca-

luire (Rhône).

1862. Delocre, inspecteur des ponts et chaussées, à Paris, rue

Lavoisier, 1.

1889. Depéret, professeur de géologie à la Faculté des sciences, rue Childebert, 1 .

DE LA SOCIÉTÉ L1>ΫÉE>Î<E

VII

MM.

1883. Dériard-Richarme, rue du Plat, 2.

1885. Des Gozis (Maurice), à Montluçon (Allier), place de l’Hôtel- de-Ville.

1865. Desgrand (Louis), négociant, rue Lafont, 24.

1872. Desgeorges (Alphonse), négociant, rue Puits-Gaillot, 19.

1881. Donat-Motte, préparateur au Muséum d'histoire naturelle,

15, quai de l’Est.

1882. Drivon (Jules), médecin des Hôpitaux de Lyon, quai de la

Guillotière, 30.

1846. Dügas (Ozippe), rue de la République, 52.

1888. DüPüis, entrepreneur, route de Vienne, 94.

1870. Dürand (Victor), rue Lafont, 6.

1884. Faure, professeur à l’École vétérinaire, cours Morand, 26.

1881. Favarcq, propriétaire, 48, rue du Vernay, à Saint-Étienne

(Loire).

1882. Flory, avoué, rue Gasparin, 8.

1857. Foürnereaü (l’abbé), professeur à l’institution des Char¬ treux.

1856. Gabillot (Joseph), quai des Gélestins, 5.

1889. Garcin, préparateur de botanique à la Faculté des sciences.

1890. Garin (Jules), 37, quai Saint-Antoine.

1881. Geandey (Ferdinand), négociant, rue de Sèze, 11.

1889. Gelas, ingénieur- chimiste, 35, rue de la République. 1851. Gensoül (André-Paul), rue Vaubecour, 42.

1866. Gillet (Joseph), quai de Serin, 9.

1881. Girerd, médecin, rue Constantine, 1.

1890. Givois, préparateur de physiologie à la Faculté des

sciences.

1881 Gonnard, ingénieur des Hospices, quai de Vaise, 37.

1883. Grilat (Victor), rue Rivet, 19.

VIII

TABLEVU DES MEMBRES

MM.

1881 GRODVELLE(Antoine), directeur delà manufacture des tabacs, à Reuilly, rue de Charenton, 319, Paris.

1862. Guimet (Emile), place de la Miséricorde, 1.

1890. Hagenmuller (D"), à Bône (Algérie).

1869. Heyden (le baron de), à Bockenheim, près de Francfort- sur-Mein, 54, Schlosstrasse (.\lleraagne)

1887. Jacquard (R. P.), institution des Dominicains, à Oullins.

1882. Jacquet, imprimeur, rue Ferrandière, 18.

1883. Jacquemet (Édouard), docteur à Crémieu (Isère).

1845. Jordan (Alexis), rue de l’Arbre-Sec, 40.

1884. Lacroix (Eugène), interne des hôpitaux de Lyon.

1881. Lachmann, chargé de conférences pratiques de botanique à la Faculté des sciences, cours Gambetta, 30.

1868. Laval (Henri), avocat à Villefranche (Rhône).

1881. Locard (Arnould), ingénieur, quai de la Charité, 38.

1881. Mabille (J.), laboratoire de zoologie, au Muséum, Paris. 1883. Magnien (Louis), pharmacien des hôpitaux.

1873. Magnin (Antoine D'’), professeur à la Faculté des sciences de Besançon.

1860. Mangini (Félix), ingénieur civil, avenue de l’Archevêché, 2. 1855. Mangini (Lucien), ingénieur civil, Sainte-Foy-l’Argen- tière (Rhône).

1881. Marmorat (Gabriel), négociant, rue Lafont, 18.

1866. Marnas, teinturier, quai des Brotteaux, 12.

1883. Mehier (Camille), rue Sainte-Catherine, à Saint-Etienne (Loire).

1887. Mermier, cours du Midi, 10.

1887. Mauduit, docteur à Crest (Drôme).

DE LA SOCIÉTÉ LINÎiÉENNE

IX

MM.

1881. Moitier, surveillant au Lycée Saint- Rambert, près de

Lyon.

1876. Monvenocx (Frédéric), rue Grenette, 35.

1856. Pallias (Honoré), rue Centrale, 31.

1882. Perret (.\imé), rue François-Dauphin, 6.

1879. Perroüd (Charles), avocat, rue de rHôtel-de-Ville, 105. 1866. PiCHOT (Emmanuel), négociant, place de la Fromagerie, 9.

1883. PiTRAT, imprimeur, rue Gentil, 4.

1886. Redon (Gaston), rue des Prêtres, 22. »

1881. Redon-Neyreneüf (Louis), rue des Prêtres, 22.

1880. Regalia (Ettore), secrétaire de la Société d’anthropologie

de Florence (Italie).

1881. Renadd (Jean- Baptiste), cours d’Herbouville, 21.

1873. Rérolle (Louis), directeur du Muséum de Grenoble (Isère). 1858. Rey (Claudius), officier d’Académie, place Saint-Jean, 4. 1864. Riaz (.\uguste de), banquier, quai de Retz, 10.

1882. Riche (.\ttale), licencié ès sciences naturelles, rue de Pen-

thièvre, 11.

1889. Riel (Ph., le boulevard de la Croix-Rousse.

1888. Roland, 55, rue de la Gare à Oullins (Rhône).

1863. Roman (Ernest), place des Pénitents-de-la-Croix, 1.

1881. Roü.vst (Georges), rue du Plat, 32.

1870. Rodx (Gabriel), docteur en médecine, rue Duhamel, 17. 1873. Rodx (Nizius), rue Pléney, 5.

1882. Roy, horticulteur, chemin de Montagny, au Moulin-à-Vent,

près de Lyon.

1886. Sadbinet (Etienne), lieutenant-colonel au 1®' régiment du génie à Versailles.

1868. Saint-L.ager (le D''), cours Gambetta, 8.

X

TABLEAU DES MEMBRES

MM.

1884. SiBOULOTTE, quai de l’Est, 8.

1866. SoNTHONAX (Léon), rue d’Alsace, 19.

1882. Terras (Marius), avoué, rue de la Bourse, 39.

1881. Tommasi (D" Donato), avenue de Wagram, 50, Paris.

1885. Vachon, place de la Charité, 3.

1862. Vachat (du), juge au tribunal de Belley (Ain).

1872. Verchère (Ernest-Antoine), cours Gambetta, 7.

1881. Xambeü, capitaine en retraite à Ria, par Brades (Pyrénées Orientales).

DE LA SOCIÉTÉ Ll.NNÉENNE

XI

Membres correspondants.

1849. Lejolis, directeur de la Société des sciences naturelles de Cherbourg.

1863. Bl.anghard, membre de l’Institut, à Paris.

1866. Falsan (Albert), à Gollonges-sur-Saône (Rhône).

1875. Merget, professeur à la Faculté de médecine de Bordeaux. 1875. H.ayden, ex-directeur du Geological and geographical Survey, à Washington.

NOTICE GÉOLOGIQUE

SUR LE

SOUTERRAIN DE CALUIRE

(rmone)

PAR

F. CUVIER

Présentée à la Société Linnéenne de Lyon, le février 1890-

« L’observation recueille les faits, la ré¬ flexion les combine et l'expérience vérifie le résultat de la combinaison. Il faut que l'ob¬ servation de la nature soit assidue, et que la réflexion soit exacte. »

Didbrot, Pensées sur Vinterpréia- tion de la nature, xv.

AYANT-PROPOS

A quelques kilomètres au Nord de Lyon, on vient de terminer la construction d’une petite ligne de chemin de fer entre Collonges et Saint-Clair et destinée à raccorder, en évitant Lyon, le chemin de fer de Paris à Lyon avec ceux de Lyon à Genève et de Lyon à Marseille et à Grenoble. Ce tronçon de raccordement a comporté des travaux importants, et notamment un pont sur la Saône et un sou¬ terrain long de 2403“, 19, creusé sous la colline de Caluire entre la Saône et le R.hône, à quelques centaines de mètres au Nord du village de Caluire.

L’exécution de ces travaux a été une rare occasion pour les géologues d’étudier cette partie du sol lyonnais qui a donné lieu à tant de débats. Aussi, en même temps que moi, feu F. Fontannes, si connu par ses travaux sur le Tertiaire, avait-il entrepris l’étude des terrains rencontrés par le tunnel de Caluire ; malheureusement, Soc. Linn., t. XXXVI. 1

2

NOTICE GÉOLOCIQUE

après des courses et des fatigues excessives, la mort a enlevé à la science ce géologue distingué, peu de temps après qu’il eut entrepris la nouvelle tâche qu’il s’était imposée. Je me suis donc trouvé seul à recueillir, presque jour par jour, les renseignements géologiques fournis par les travaux en question.

Ce sont ces renseignements que j’entreprends de consigner ici, suivant les exhortations de mes amis et confrères en géologie. Mon travail n’aura pas la prétention d’être présenté aussi habilement que l’eût fait Fontannes dont, d’ailleurs, je n’ai pu partager les idées, relativement à certains points de classification que j’aurai à discuter.

Évidemment, j’éviterai les longueurs et les citations multipliées; mais je crois bon d’entrer dans plus de détails possibles sur la désignation minéralogique et stratigraphique des couches rencon ¬ trées, et aujourd’hui disparues derrière les muraillements du tunnel. Je voudrais, ainsi, présenter un travail assez complet pour que l’on puisse, le cas échéant, faire des comparaisons que j’aurais vivement désiré faire moi-même, et pour lesquelles des renseignements m’ont manqué.

Pour donner de la clarté à mon texte, je lui ai joint une première coupe géologique par l’axe longitudinal du souterrain; j’en ai éga¬ lement joint une deuxième dirigée sensiblement suivant le chemin de fer delà Croix-Rousse à Sathonay, dans le sens longitudinal de la colline, pour en montrer la disposition telle que je la comprends. Cette deuxième coupe a déjà été donnée par plusieurs géologues, mais d’une façon assez différente de celle que je présente aujourd’hui.

Il n’a été creusé que deux puits au tunnel de Caluire, et encore ne sont-ils pas répartis avantageusement pour les études géologiques ; de sorte que je suis forcé de laisser, entre les hectomètres 24 et 39 de ma première coupe, une lacune que je ne puis remplir que d’une façon hypothétique.

Dans la présente notice géologique sur le souterrain de Caluire, il me sera indispensable d’envisager quelquefois la colline tout en¬ tière, entre la Croix-Rousse et Sathonay ; parce que des faits con¬ statés au souterrain serviront à en expliquer d’obscurs, sur des points plus ou moins éloignés, et réciproquement.

SUR LE SOUTERRAIN DE CALUIRE

3

Je commencerai par décrire et essayer de classer les terrains; je consacrerai quelques pages à l’hydrologie delà colline ; je par¬ lerai des failles et de quelques faits particuliers ; et enfin, je termi¬ nerai mon travail par un résumé quisuffira, peut-être, auxpersonnes qui ne s’occupent pas spécialement de géologie.

I

DESCRIPTION ET CLASSIFICATION DES TERRAINS

La coupe N“ 1 du souterrain de Caluire comprend, vers la Saône, une partie des fondations dupontsur cette rivière; et, vers le Rhône, elle s’étend jusqu’à la route nationale pour indiquer la grande et intéressante tranchée à la sortie du souterrain, près du faubourg de Saint-Clair. La hauteur des terrains attaqués par le tunnel pro¬ prement dit est de 8“,30, s’étendant du dessous du radier au-dessus de la voûte. L’orientation du tunnel est N. 28" O.

En suivant l’ordre géologique ascendant, pour commencer par les plus anciennes, les formations indiquées par la coupe en ques¬ tion sont les suivantes :

a. Calcaire du Sinémurien supérieur.

Ensemble de bancs de calcaire sublamellaire, bleuâtre, jaunâtre ou lie de vin, durs et de 0'",15 à 0"',40 d’épaisseur. Ce calcaire ap¬ paraît de part et d’autre de l’hectomètre 25, sur une centaine de mètres de longueur. Une cassure de O"*, 10 à 0"’, 30 de largeur les divise verticalement, suivant un pli anticlinal dirigé E- 15® S. Cette

4

NOTICE GÉOLOGlQrE

cassure, ayant facilité l’écoulement des eaux du souterrain, en faisant office de puits perdu, s’étend donc en profondeur.

Au-delà de la cassure en question, le pendage des bancs est di¬ rigé E. 18° N., avec une inclinaison de 0®,10 par mètre.

Les fossiles de ce calcaire que j’ai pu avoir plus ou moins com¬ plets entre les mains sont les suivants :

Gryphæa arcuata (Lamck), var. obliqua. Lima Hettangiensis (Terq.). Peclen Eehli (d’Orb.). Belemn. abbreviatus (Mill.). Spirifer Walcotti (Sow.). Pecten textorius (Schloth.). Pecten sabinus (d’Orb.). Terebr. punciata (Sow.). Terebr. cor (Lamck). Ammonit. bisulcatus (Brug.). Amm. oxynotus (Quenst.).

Nous avons donc, ici, la partie supérieure de l’étage Sinémurien ou du calcaire à gryphées arquées. Ace sujet, qu’il me soit per¬ mis de dire que les géologues qui se sont occupés avant moi de la colline de Caluire avaient regardé le gneiss comme pouvant seul former le substratum de la colline. Contrairement à cette opinion, j’avais été assez heureux pour tracer, avant les travaux et sur une coupe de prévisions, le Sinémurien précisément il s’est trouvé ; mais unedizaine de mètres trop bas. En parlant des failles, je dirai les raisons qui m’ont conduit à cette prévision.

Une particularité à noter, c’est la présence, à la surface des bancs supérieurs de ce calcaire, de phosphorite que j’ai également ren - contrée dans les carrières de Saint-Fortunat (Mont-d’Or), et se présentant de la même manière que celle qu’a fait connaître, dans l’Auxoix, M. Collenot, de Semur, bien connu par ses beaux travaux géologiques sur la contrée qu’il habite.

Entre les hectomètres 32 et 38, j’ai figuré en pointillé et hypothé¬ tiquement divers étagesjurassiques qui auraient pu, sinon dû, être atteints par les travaux. Celte hypothèse repose sur deux bases qui m’ont réussi pour le Sinémurien, et que j’ai puisées dans la Mono¬ graphie géologique du Mont- d' Or lyonnais , par MM. Faisan et Locard. Ces bases sont : d’abord, l’inclinaison des bancs sédimen- taires du Mont-d’Or voisin, en tenant compte d’une faille dont je parlerai ultérieurement; et ensuite, la puissance de ces bases pouvait donner lieu à quelques écarts; mais la seconde était plus précise.

SUn LE SOUTERRAIN DE CALÜIRE

5

b. Conglomérat du Miocène moyen (Helvétien).

Conglomérat de à 0'",60 d’épaisseur, à cailloux roulés, la

plupart de quartz hyalin ou laiteux, avec magma argilo-ferrugi- neux et grumeleux, fortement teinté de jaune ou de rouge, et renfermant comme fossiles en place : Pholas (Fischer)

très-abondante et enfoncée dans les calcaires subordonnés qu’elle a perforés. Lima squamosa (Lamck). Pecten substriatus (d’Orb.) et dent de Lamna cuspidata (Agass.) qui caractérisent l’Helvétien ; auxquels s’ajoutent des moules indéterminables de Fiisus, de Turbo, de Cancellaria et àePatella (ou Fissurella^).

Comme fossiles roulés provenant des étages Liasien et Toarcien probablement très voisins, j’ai recueilli : Bel. Fournelianus (d’Orb.). Bel. breviformis (Mill.). Bel. clavatus (Blainv.). Bel. Charmonthensis (May.). Bel. tripartitus (Sohl.). Amm. Davæi (Sow.).

La plupart de ces fossiles en place du premier groupe, avaient déjà été rencontrés en 1858-1862, à l’altitude 190 mètres, dans les déblais du premier chemin de fer funiculaire de la Croix-Rousse ; et on les retrouve au nouveau chemin de fer du même système, actuellement en construction (1889), à la place Croix-Pâquet, de Lyon.

Cette faune conduit donc à rapprocher le conglomérat b de la mollasse marine dont il est probablement la base, et à classer ce conglomérat dans le Miocène moyen, ou Helvétien de Mayer.

Une petite couche de sable granitique durci, qui s’étend du côté de la Saône sur le calcaire et sur le conglomérat, rappelle beau¬ coup la base des dépôts de Saint -Fons (Isère).

c. Mollasse du Miocène supérieur ( Tortonien?).

Mollasse argilo-sableuse : plus sableuse, résistante etgris-jau- nàtre à la base qui est quelquefois formée de sable granitique à

6

>OTlCIi GKOLOlilQUli

mica noir; plus argileuse, plus molle et plus jaune au sommet. Elle ne présente aucune stratification apparente ; mais entre les hectomè¬ tres 26 et 32, elle est découpée par de nombreux petits bancs de grès gris-bleuâtre assez longs et généralement inclinés dans le sens lon¬ gitudinal du souterrain, et en même temps, surtout dans le sens transversal del’O. à l’E.

Dans la partie moyenne de cette mollasse argilo-sableuse, j’ai pris 36 grammes bien desséchés ; après l’avoir traitée par l’acide azo¬ tique et bien lavée, il m’est resté 16 grammes de sable sec, très fin, à grains de 1/4 de millimètre, et composé de quartz hyalin et de petites paillettes de mica blanc.

Des recherches répétées et minutieuses dans ce dépôt n’ont pu m’y faire découvrir le moindre débris organique. Une seule em¬ preinte, que j’ai soumise à l'examen de M. de Saporta, m’avait paru appartenir à une petite algue (conferve ?); mais l’éminent botaniste- paléontologiste d’Aix n’a point ratifié mon hypothèse, en raison de l’état fruste de l’empreinte.

La coupe ci-annexée accuse une érosion irrégulière et violente de ce dépôt, avec abaissement général vers le Rhône; le même accident se retrouve partout et plus accentué dans le sens transversal du tunnel, et de l’O. à l’E.

La même mollasse affleure dans le coteau de la Saône, entre 300 et 400 mètres à l’amont du souterrain. Là, son altitude supérieure est de 177 mètres, tandis que, dans le souterrain, elle atteint sur plusieurs points 181 mètres ; ce qui conduit à une inclinaison d’environ 0"’,013, du S. -O au N.-E. Les deux inclinaisons longitu¬ dinale et transversale par rapport au souterrain conduisent donc, comme pour leSinémurien sous-jacent, à un pendage vers le N.-E. Nous verrons que ce pendage se retrouve encore dans les couches supérieures jusqu’à une certaine hauteur.

A défaut de fossiles, j’avais toujours regardé cette mollasse comme Ilelvétienne ; mais M . le docteur Depéret pense qu’elle est Tortienne, et je n’ai aucune objection à faire à cette classification du savant professeur de géologie de la Faculté des sciences de Lyon.

Süt\ LE SOUTERR\IN DE CVLUIRE

7

d. Marnes et argiles du Pliocène inférieur.

Argiles très plastiques, jaunâtres ou grises à la base, bleuâtres au sommet, avec dépôts ondulés et contournés de lignite pyriteux. Ces argiles sont triturées, laminées et divisées par des plans de glissement avec miroirs ; un de ces derniers se présente même absolument vertical, sur 1 mètre de hauteur, au contact de ces ar¬ giles et des sables qui suivent, de telle sorte que, pendant un certain temps, il a été difficile d’établir l’âge relatif de ces deux dépôts.

Malgré le bon état de conservation de certains bois du lignite souvent recouverts de sulfure de fer, je ne saurais nommer aucune essence; mais la quantité de fossiles terrestres et lacustres que m’ont fourni les couches en question est assez considérable. Je dois à la science et à l’obligeance de M. Locard la détermination du premier groupe de ces fossiles : ce sont les vingt et une espèces suivantes ;

Planorbis Thiollierei (Mich.). Plan. Crosseanws (Bourg.). Plan, ro- tundatus (Poiret). Hélix Chaixi (Midi.). Hel. Neyliesi (.Mich.). Hel. spec. ind. Zonites Colonjoni (Mich.). Limnæa Bouilleti (Mich.). Pa- ludina (Vivipara) ventricosa (Mich.). Sphærium Sormandi (Mich.). Clausilia (Milne-Edwardsia) Terveri (Mich.). Claus. Baudoni (Mich.). Clans, nov.spect. Claus. (trois espèces indét.). Craspedopoma conoidale, var. minor (Sand.). Bithynia delphinensis (Loc.). Testacella Deshayesi Mich.). Œufs de Testacella et graines de Chara. La Clausilia Terveri ne s’est trouvée que brisée et écrasée.

A ces espèces, réparties surtout dans la partie supérieure des couches, viennent s’ajouter trois précieuses trouvailles : une molaire de Mastodon Borsoni (Hays), une autre molaire de Maslodon Arvernensis (auct.), et un maxillaire inférieur avec dents de Rhinocéros leptorhinus (Cuv.), d’après la détermination qu’a bien voulu m’en faire M. le docteur Depéret. Sur ce dernier point M. A. Gaudry, moins affirmatif, n’a pu se prononcer entre le Rh. leptorhinus et le Rh. Schleiermacheri : ce Aermer ayant son habitat généralement plus bas que le précédent.

8

>0T1CE GÉOLOGIQUE

Ces fossiles classeraient donc les marnes et argiles en question au niveau de celles de Hauterives (Drôme) et au niveau des marnes à Paludines, de la Bresse. Mais on sait que l’accord est loin d’être fait sur la position de cette formation dans le Pliocène. M. l’In¬ génieur en chef F. Delafondet M. le professeur Depéret, précédés eux-mèmes dans leur opinion par feu Fontannes, la regardent comme appartenant au Pliocène mo^en ; mais des considérations que j’ex¬ poserai plus loin m’obligent à comprendre encore dans le Tertiaire supérieur les sables, argiles et graviers h, ci -après. Me plaçant donc sous l’autorité de M. Faisan (La Période glaciaire, Ger¬ mer -Baillière, 1889, p. 224), et sous celle de M. Renevier qu a étudié la plaine de Lyon (Bull. Soc. gèol. Fr., 3*^ série, tome IV, page 197), je proposerai de rattacher au Pliocène infé¬ rieur les marnes et argiles d.

On sait que Fontannes avait même regardé comme appartenant au Miocène supérieur les tufs de Meximieux, ainsi que les « argiles à lignites de Hauterives ». (Bul. Soc. de géol. Fr., 3* série, tome V, page 557).

Sans doute, les caractères minéralogiques sont fort différents entre la présente couche d et la mollasse Tortonienne précé¬ dente c ; mais je ne dois pas omettre de dire que, près de l’hecto¬ mètre 25, le point de passage entre ces deux forrnatioyxs est absolument insaisissable, et c’est en vain que je l’ai cherché très attentivement à l’emplacement déblayé d’un anneau de voûte de 6 mètres de longueur, dont les extrémités pénétraient dans chacun des deux dépôts. La mollasse paraissant Tortonienne à M. Depéret, je ne regarderais pas comme impossible que, malgré leur faune, les marnes appartinssent au même sous-étage, comme cela a lieu au premier chemin de fer funiculaire de la Croix-Rousse ? Mais alors, on tombe dans la confusion entre les marnes et argiles à li¬ gnites de Hauterives (Pliocènes) et celles de la Tour-du-Pin (Tor - Ioniennes). On sait que le Zonites Colonjoni, habituel aux marnes Pliocènes, descend jusque dans le Miocène, d’après Fontannes. Ce n’est pas même le seul fossile Pliocène qui ait été trouvé dans les marnes Tortoniennes de la Croix-Rousse, car elles

SCR LE SOUTERRAIN DE C\ LUIRE

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ont aussi fourni entre autres: Hélix Nayliesi et LimnæaBouilleli. C’est ce qui a conduit MM. Faisan et Locard (Note sur les for - mations Tertiaires et Quaternaires des environs de Mir.ibeV) à rapprocher l'altitude moyenne de 230 mètres, des marnes et argiles de la Croix-Rousse de l’altitude égale des argiles du Bas-Neyron, en concluant que ces argiles gisent horizontalement. En l’absence de points intermédiaires, on pouvait penser ainsi.

Mais les travaux du souterrain, qui ont atteint les mêmes argiles vers la cote 180, montrent que les dépôts en question ont une forte inclinaison de la Croix- Rousse au moins jusqu’au souterrain. Je dis au moins ; car, à mes yeux, cette inclinaison se prolonge jus¬ qu’au ravin de Sathonay qui m’a toujours paru, avec le ravin correspondant de la Cadette, occuper l’emplacement d’une faille que M. Tardy a également remarquée, et dont la lèvre relevée serait du côté de la Bombes. En effet, dans le premier de ces ravins, l’escarpement N. est en grande partie Pliocène; tandis que du côté S., le talus est formé de graviers Quaternaires. Je sais bien que plusieurs géologues, et de distinction, veulent voir dans cette discordance l’effet d’une immense ablation des dépôts Tertiaires du côté S., remplacés plus tard par des dépôts Quaternaires après le passage du Rhône à cet endroit; mais je ne saurais, sur ce point partager leur manière de voir ; et sur ma coupe de Sathonay à la Croix-Rousse, j’airendu compte de la façon que j’entends, du N.-E. au S. -O., la stratigraphie de la colline Mon interprétation des faits est antérieure aux travaux du souterrain, et elle est due à l’examen avec plans cotés, du coteau de la Saône dont les affleurements vont tous en pente douce vers le N.-E., ainsi que je le ferai ressor¬ tir en traitant de l’hydrologie de la colline. Les travaux précités n’ont fait que me confirmer dans mon opinion.

e. Sables mollassiques du pliocène moyen.

Je réunis ici deux assises qui appartiennent certainement à un même dépôt, mais qui présentent entre elles des différences assez notables et nettement tranchées.

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NOTICE GEOLOGIQUE

La partie inférieure, i?‘, se compose de sables mollassiques fins et très serrés, gris ou blanchâtres, et presque exclusivement sili¬ ceux et à peu près inattaquables aux acides. Leurs éléments sont : du quartz hyalin ou laiteux souvent cristallisé régulièrement, du feldspath rose ou kaolinisé et du mica blanc, le tout découpé par quelques rares lits peu épais de petits cailloux également siliceux, inclinés assez fortement de la Saône au Rhône. Un puits creusé à l’entrée du souterrain, près l’hectomètre 22, a accusé la présence, dans ces sables, d’une petite couche d’argile plastique grise. Cette partie inférieure n’a fourni aucun débris organique.

La partie supérieure, a sa masse composée des mêmes sables fins et siliceux; mais elle est caractérisée par une teinte ferrugi¬ neuse très prononcée suivant certaines zones, et par la présence d’une grande quantité de troncs d’arbres silicifiésnon roulés et bien en place. Des lits de cailloux à teinte de fer et de manganèse se sont déposés dans la masse comme en stratification dite de rivière, avec une forte inclinaison de l’O. à l’E. Quelques infiltrations de carbonate de chaux ont agglutiné ces sables par places, pour en former de petits bancs de mollasse dure.

Dans certains échantillons des bois silicifiés, j’avais cru recon¬ naître la structure de Chêne, et j’avais pensé au Quercus prœcursor de M. de Saporta ; mais ce savant, à qui j’ai présenté un de ces échantillons, m’a engagé à une grande réserve dans la détermina¬ tion, même générique de ces bois.

Outre ces bois fossiles, et après de longues recherches, j’ai fini par découvrir deux exemplaires du Zonites Colonjoni (Mich.), dans un petit lit de gravier ferrugineux; enfin, sur la fin des déblais de cette partie, on a mis à jour une molaire de Mastodon Arvernensis {Auct.).

Ces sables de l’entrée du souterrain m’avaient d’abord paru être la continuation des bancs de mollasse argilo-sableuse qui affleu¬ rent dans le coteau de la Saône ; et regardant celle-ci comme Helvétienne, il s’ensuivait pour moi que les sables mollassiques en question étaient aussi Helvétiens. Mais la découverte certaine de fossiles caractéristiques et la subordination des marnes à Paludines

SUR LE SOl'TERRLl.N DE CVLUIRE

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m’ont nécessairement amené à suivre dans leur opinion feu Fon- tannes, d’abord, et ensuite MM. Delafond et Depéret, et à assimiler ces sables aux sables de Trévoux, en les rangeant dans le Pliocène moyen.

f. Graviers et Poudingues du pliocène moyen.

Couche de composition très complexe et variée, à stratification confuse et formée en général de cailloux roulés les quartzites dominent, et l’on trouve aussi des roches granitiques et diori- tiques, du calcaire gris, blanc et rose, du quartz lydienne et du jaspe rouge (exotique de M. Pillet): le tout empâté dans un sable argilo-ferrugineux renfermant du quartz hyalin peu roulé, et un peu de mica blanc. Une partie des quartzites sont décomposés et épuisés ; ils sont devenus bruns par une imprégnation demanganèsè et tombent en poussière ; ou bien ils se divisent suivant des plans de clivage formant entre eux des angles de 84°, 90% 96" et 132". Les cailloux granitiques et dioritiques ont également été atteints par la décomposition ; leur feldspath s’est kaolinisé et ils tombent en sable sous la pression des doigts. La base de ce dépôt est fortement rubéfiée. ^

Les exceptions aux caractères généraux qui précèdent sont les suivantes :

1" A l’hectomètre 24, la masse, très ébouleuse, est presque unique¬ ment formée de très gros galets de quartzite enduits d’une abon¬ dante boue de manganèse ;

2" Entre les hectomètres 27 et31, la masse générale renferme des amas, sans transition bien tranchée, de graviers le salle argilo- ferrugineux est remplacé par un sable pur, très fin, gris et sili¬ ceux; et alors les cailloux décomposés disparaissent. Sur beaucoup de points, ces graviers se sont agglutinés par du carbonate de chaux en poudingue extrêmement dur, fortement cimenté et compact, et dont la cassure laisse voir, outre les éléments déjà signalés, des calcaires roulés, tout à fait noirs. A la coupe, ces poudingues sont indiqués par des hachures.

NOTICE GÉOLOGIQUE

Gomme matières rencontrées accidentellement dans les graviers /*, je dois mentionner ;

Aux environs des hectomètres 26 et 27, une certaine quantité de morceaux peu roulés de calcaire Bajocien à chailles, plus rou - geâtres que ceux de Couzon et se rapprochant de ceux des environs de Mâcon ;

2" A l’hectomètre 28, un petit banc de calcaire argileux et gris- jaunâtre, de 3 mètres de largeur et en place, à peu près horizontal, mais présentant quelques dislocations;

De nombreuses ætites dans toutes les parties la gangue des graviers se trouve argilo- ferrugineuse ;

4“ Dans les mêmes endroits, un assez grand nombre d’amas d’un à plusieurs décimètres cubes d’une pâte très ferme, brune et onctueuse, et composée d’argile et de lignite broyés ;

Enfin, 4 blocs de 0,20 à 0,35 de mètre cube, allongés, plats et à angles peu émoussés; dont 2 de gneiss rouge friable ; 1 de cal¬ caire argileux gris-jaunâtre; et 1 dernier de grès gris, très dur. Les blocs de gneiss sont à rapprocher de deux autres que l’on peut encore voir en saillie, sur l’escarpement vertical d’une gravière ouverte dans les mêmes dépôts, entre Miribel et le Mas-Rilliez. Le bloc de calcaire a une provenance que je ne soupçonne pas ; mais le bloc de grès a très probablement son origine dans la mollasse argi¬ lo- sableuse c.

MM. Delafond et Depéret, avec lesquels j’ai eu l’avantage d’étu¬ dier la couche f, la considèrent comme représentant parfaitement le Conglomérat bressan, d’Éliede Beaumont, qui se montre si développé sur une trentaine de mètres de hauteur, entre Miribel et Meximieux ; mais au souterrain, la même couche n’a qu’une dizaine de mètres d’épaisseur, au maximum. Sa surface montre là, comme pour les trois précédentes, l’action d’un ravinement éner¬ gique.

Pour ces savants géologues, elle serait le dernier terme du Plio¬ cène ; mais comme conséquence de ma classification des couches voisines subordonnées et supérieures, je rattacherais encore la couche f, au Pliocène moyen.

SUR LE SOUTERRAIN DE CALÜIRE

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Au sujet de cette couche, j'ai signalé deux faits queje considère comme importants ; l’altération et la décomposition d’un grand nombre de cailloux ; et la présence, dans le même dépôt, de blocs anguleux de roches qui ne sont pas remaniées des assises inférieures.

Et d’abord, à quelle cause attribuer la décomposition des cailloux ? A leur ancienneté, m’a-t-on dit ! Mais les cailloux Miocènes, quartzites ou granités, plus anciens, n’ont pas éprouvé celte décom¬ position ; au contraire, on la retrouve sur beaucoup de cailloux immédiatement sous les dépôts glaciaires, dans la partie supérieure des graviers Quaternaires des environs de Lyon, à Saint-Denis-le- Chosson (Ain), et surtout sur le souterrain lui-même.

En second lieu, les eaux auraient-elles pu transporter des blocs du volume et de la forme indiqués, surtout sans arrondir leurs arêtes ?

Ces deux questions amènent naturellement à l’esprit une idée de glacier dès l’époque envisagée ; mais je n’ose insister, et à ces ques¬ tions, je ne puis que répondre : je ne sais pas !...

Je hasarderai cependant une hypothèse : c’est que les blocs dont il s’agit ont été transportés sur de petits ice-herg voyageant devant les glaciers longtemps avant l’arrivée de ceux-ci dans notre pays ? Je trouve cette hypothèse appuyée par une note de M. Pareto qui l’avait déjà émise au sujet des terrains Miocènes du Piémont (Bull. Soc. géol. de Fr., 1864-65, p. 223).

g. Argile inférieure du Pliocène supérieur

Dans le coteau de la Saône et un peu en amont du souterrain, se trouve l’affleurement d’une couche d’argile plastique générale¬ ment jaune, quelquefois brune. Celte couche a été en grande partie enlevée par les érosions; mais quelques restes en ont été rencontrés versl’hectomètre28, et surtout à l’hectomètre 31 , unepuissante ca¬ rapace de calcaire jaunâtre et marneux a protégé cette argile sur une longueur de 25 mètres, assez grande pour faire figurer ce reste à la coupe. Enfin, un dernier lambeau s’est trouvé démantelé sur la pented’un talus d’érosion, entre les hectomètres 31 et 32.

14 ?)0T1CE GÉOLOGIQUE

Ces quatre lambeaux d’argile sont autant de jalons ou repères d’une ligne inclinée de la Saône au Rhône, qui montre bien, à mes yeux, le profil primitif de la couche en question suivant l’axe du souterrain. Je parlerai plus loin du prolongement probable de la même couche par dessous les graviers de Saint- Clair, et peut-être par dessous le Rhône.

J’ai arrêté à l’hectomètre 24 le premier lambeau de cette argile qui affleure dans le coteau, parce que c’est à ce point qu’ont commencé les chutes d’eau dans les travaux du souterrain; jusque-là, on me paraît avoir été préservé des eaux par ce premier lambeau.

La carapace de calcaire que j’ai indiquée à l’hectomètre 31 porte bien les traces de l’érosion qu’a subie la couche d’argile à laquelle appartient ce calcaire. En effet, la surface en est arrondie, mame¬ lonnée et couverte de nombreuses stries, mais plus courtes que celles glaciaires.

Aucune trace de corps organisé n’a été trouvée dans cette argile; mais son étendue primitive, son inclinaison régulière et concordante avec celle des assises voisines, et enfin, la présence de calcaire compact dans sa masse me la font ranger encore dans le Tertiaire et, alors, dans le Pliocène supérieur, avec le groupe de dépôts suivants.

h. Sables, graviers et argiles du Pliocène supérieur.

Je réunis sous ce titre une puissante formation de sables, de graviers agglomérés ou non, et d’argiles ayant ensemble une qua¬ rantaine de mètres d’épaisseur. Cette formation a pu être étudiée dans les coteaux de la Saône et du Rhône, et dans un vallon parai - lèle au souterrain entre les hectomètres 41 et 45 ; deux puits du souterrain l’ont traversée près des hectomètres 40 et 44 ; et enfin, le souterrain, lui-même, l’a attèinte entre les hectomètres 27 et 40.

Les subdivisions très nettes que l’on remarque dans cette forma¬ tion sont les suivantes :

Graviers sableux, ébouleux, jaunâtres et stratifiés régulière¬ ment. Parmi les cailloux dominent les quartzites dont le volume

SUR 1.E SOÜTERR\I.N DE CALUIRE

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atteint 5 et 8 décimètres cubes, entre les hectomètres 26 et 36, et près du contact avec le dépôt inférieur quelques-uns sont épuisés; puis, comme ordre décroissant d’abondance, viennent des calcaires gris (Lias inférieur des Alpes ?) qui font prédominer leur teinte sur les graviers, lorsque* ceux-ci ont été lavés. Viennent ensuite, comme cailloux roulés, d’autres calcaires noirs, blancs ou rou¬ geâtres ; des granités et des diorites non décomposés ; et enfin, du jaspe rouge et des ætites bien caractérisées, quelquefois en assez grande quantité. Le sable qui accompagne ces graviers dans la proportion de 25 à 30 pour 100^ et auquel ils doivent leur teinte habituelle, est généralement un peu argileux et grossier, sauf à la base entre les hectomètres 37 et 46 il est fin et exempt de cailloux. Ce sable renferme du mica blanc et quelques débris de fossiles : balanes, pecten, petit polypier branchu, etc.

Cette première zone est découpée par quelques lits peu étendus d’argile jaune, feuilletée et sablonneuse ; et par des bancs de mol¬ lasse dure et de poudingue lâche indiqués par des hachures. La même zone a fourni plusieurs petits amas de pâte brune, comme celle signalée dans la couche /'précédente, et renfermant une grande quantité de débris de coquilles terrestres et lacutres, et particu¬ lièrement une très petite intacte : Craspedopoma conoidale (Sandbg.) et des graines de Chara. On a trouvé en outre dans cette zone : du côté de Saint-Clair, trois fragments d’os indéterminables, et un tronçon de défenses à'Elephas qui n’a pu être conservé ; sur divers points, de petits blocs peu roulés et de nature très variée, un morceau de minerai de fer oolithique, probablement du Toarcien qui doit être peu éloigné ; enfin, près la tête Sainte- Clair, des zones fortement teintées par des dépôts de manganèse.

Sables fins mollassiques, purs, gris-jaunâtres et finement stratifiés, à grains anguleux de quartz hyalin ou laiteux, de calcaire noir ou blanc, de jaspe rouge, etc., de moins d’un millimètre de grosseur, auxquels s’ajoute du mica blanc ou jaune. Les acides pro¬ duisant une vive effervescence sur ces sables qui sont agglutinés, par places, en plaques de mollasse dure. En outre, ils renferment des lits ondulés d’argile blanc-jaunâtre stratifiée en minces feuillets

16 NOTICE GÉOLOGIQUE

et dans laquelle j’ai recueilli, noyés dans la masse, des cailloux anguleux de roches éruptives. Quelques débris de fossiles marins s’y rencontrent aussi, comme dans la zone précédente.

3“ Succession de petites assises de graviers et de sables grossiers gris ou ferrugineux, argileux ou purs, déposés régulièrement vers la base, mais couronnés par un important dépôt de graviers à stra¬ tification un peu confuse. Dans le coteau de la Saône, ce dernier dépôt a plus d’importance que vers le Rhône, il est aggloméré en une forte masse de poudingue en formant de longs escarpements; mais, vraisemblablement, il n’en est pas de même dans l’intérieur de la colline il a rester à l’état de gravier meuble, à cause du manque d’air atmosphérique qui, n’ayant pas mis l’acide carbo¬ nique en liberté, n’a pas permis au carbonate de chaux des eaux d’infiltration de cimenter